février 2010 Archive

Virus1334 - Graffitis de laine - Vendredi, février 5th, 2010

«KOI de 9 CHEZ LES JEUNES?» - Par VIRUS1334.com
Blogue sur le marketing jeunesse : marketingjeunesse.com

Virus1334 - Graffitis de laine

La Fédération des producteurs de lait du Québec et son agence ont développé une campagne d’affichage audacieuse recouvrant des abribus et des méga colonnes de grosses tuques roses, bleues ou vertes. Cette belle initiative s’apparente à un phénomène mondial très original, le «tricot urbain».

Tricot et urbain, vraiment? Selon PMB, 10% des jeunes filles de 12 à 17 ans s’adonnent au tricot mais ce qui surprend; 2,5% des jeunes hommes également…étonnant, non? Nous avons peut-être une explication.

Aujourd’hui, on est loin des écharpes de laines et des pantoufles en phantex de matante Ginette. On parle ici de tricot urbain, graffitis laineux, urban knitting, knit graffiti, yarnbombing, urban knitting ou stealth Knitting. Des synonymes d’un mode d’expression plus qu’original : le graffiti de laine, la tendance des tricoteuses rebelles. Elles sillonnent les rues et les recoins des villes, en main, une paire d’aiguilles à tricoter et une pelote de laine.

En bande ou isolés, les tagueurs laineux, majoritairement des femmes, accrochent au mobilier urbain les tricots préparés spécifiquement pour des panneaux de signalisation, des monuments particuliers, du mobilier urbain, lampadaires, banc, poubelles, etc. Les adeptes, des travailleurs nocturnes évidemment laissent ainsi au petit matin une ville entremaillée de tricots colorés.

Ces tags de laine sont en fait des graffiti mais avec les avantages d’être éphémères, légers et humoristiques. Plus faciles à enlever que les collants et nettement moins polluants que ceux à la bombe aérosol qui dépeignent l’espace urbain pendant des mois ou des années. Ils n’ont aucune connotation protestataire, si ce n’est qu’une lutte contre la triste grisaille de nos villes, peut-être?

D’où ça vient?

Houston, Texas en 2005, Magda Sayeg (Poly CotN) décore sa poignée de porte avec un tricot, elle orne un panneau d’arrêt stop et avec ses amies tricoteuses (Purl Nekklas, P-Knitty, The Knotorious N.I.T, GrannySQ et MascuKnitity), elle forme alors le groupe «Knitta please».

Ces filles très branchées n’ont rien à envier à nos grands-mères, elles manient les aiguilles et faisaient preuve d’une dextérité hallucinante. Frustrées de voir des écharpes et autres bonnets jamais terminés, elles se donnent comme mandat de leur trouver une nouvelle vie, une autre utilité.

Partie en Amérique du Nord, Knitta please exporte ses créations à travers le monde. La laine a ainsi recouvert, la Grande muraille de Chine et le Golden Gate Bridge à San Francisco. À Mexico, un autobus a été recouvert avec un tea cosy géant, vous savez les tricots pour garder les théières chaudes. Les tags de laine deviennent ainsi une façon pour les jeunes de s’approprier et de s’identifier à leur ville.

Qui l’aurait cru, du tricot c’est cool en 2010?

Lorsque Gérard Mulliez-Cavrois fonda en 1903, Phildar, un fabricant de fil à tricoter au nord de la France, jamais il n’aurait cru toucher une clientèle en dessous de 60 ans! Aujourd’hui, il lance un concept Prêt-à-tricoter, un kit complet au packaging conceptuel et attractif avec patrons, pelotes de laine, aiguilles et accessoires. Le message est clair : Tricoter, LA nouvelle hype-atittude. Il redonne envie au tricot à une nouvelle génération.

Les tags ou graffiti de laine dépassent aujourd’hui largement le petit groupe Knitta. Le tricot devient ‘’in’’, perd son côté obsolète et renoue avec les esprits créatifs! Les cafés-tricot, nouveau concept à la mode en France, font salle comble, l’adolescente de 17 ans y côtoie l’aînée experte en la matière. Les clichés tombent et les pelotes se déroulent ! Surprenant tout de même, non?

Face au phénomène grandissant du tricot urbain, de nombreux accro ont essayé de contacter les « Knitta please » afin de rejoindre leur rang, mais ces dernières leurs conseillent de monter leur propre groupe. C’est ainsi que dans de nombreuses villes d’Amérique et de Grande Bretagne, il est de plus en plus fréquent de croiser un panneau stop habillé pour l’hiver…

Quelques galeries d’artistes de tagueurs laineux :

http://yarnbombing.com/

Quelques beaux exemples à Montréal : http://pixieknit.wordpress.com/

Le livre : Yarn Bombing: The Art of Crochet and Knit Graffiti de Mandy Moore et Leanne Prain publié fin 2009